La Bretagne intérieure et ses richesses minières, un siècle en arrière

Au tournant du XXe siècle, l’industrie minière connaissait ici un tournant décisif. Si la Bretagne n’a jamais été un géant du charbon, son sol a livré d’autres minéraux précieux : plomb, zinc, argent, mais aussi ardoise, étain, et fer. L’activité a connu un véritable essor entre 1900 et 1930, portée par les besoins de la modernité : développement du rail, industries naissantes, besoins de la guerre puis de la reconstruction.

Parmi les sites emblématiques de cette période, certains demeurent remarquablement bien préservés ou valorisés, au point de devenir des repères précieux pour qui veut comprendre ce que fut cette aventure humaine et industrielle.

Des sites emblématiques encore debout : panorama du centre Bretagne et alentours

  • La mine de plomb et de zinc de Locmaria-Bérien (Côtes-d’Armor)

    Située non loin de Callac, cette mine a débuté ses activités dès la fin du XIXe siècle. Au plus fort de la production, dans les années 1910, plus de 200 mineurs travaillaient sur place. Il subsiste encore des vestiges des bâtiments techniques : haldes, ruines de lavoirs à minerai, et même une tranchée d’extraction, typique du travail à ciel ouvert mis en œuvre ici. Le site – classé, mais en accès libre – est aujourd’hui intégré dans un circuit de randonnée qui donne à voir la transformation du paysage par la main de l’homme. Pour plus de détails : voir le dossier de l’Inventaire du Patrimoine de la Région Bretagne (Base de données Mérimée, Ministère de la Culture).

  • Le site ardoisier des Monts d’Arrée (Commana, Finistère)

    Moins connu que Trélazé (Maine-et-Loire), ce bassin ardoisier a pourtant employé plusieurs centaines d’hommes à la grande époque. Au début du XXe siècle, on y extrayait plus de 15 000 tonnes d’ardoise par an. Aujourd’hui, les vestiges de puits et d’ateliers, mais aussi les impressionnants “moires” (terpentes d’ardoisières) donnent la mesure de l’importance de cette industrie pour toute la région. Une balade balisée, le “sentier des Ardoisières”, invite à remonter le fil du temps, entre bruyères et crêtes ventées.

  • L’unique mine de plomb argentifère de Pont-Péan (Ille-et-Vilaine)

    Cette mine, la mieux documentée de Bretagne, fut l’une des plus florissantes du Grand Ouest. De 1844 à 1904, puis de manière intermittente jusqu’en 1956, elle fit vivre tout un bassin de population. Monument reconnu à l’Inventaire des Monuments Historiques, Pont-Péan possède un remarquable ensemble de galeries, d’installations de surface et même un “village minier” typique avec ses corons et sa chapelle des mineurs. L’association “Mines de Pont-Péan” organise régulièrement des visites guidées, précieuses pour saisir l’ingéniosité et la vie quotidienne de l’époque. Sources : Association Les Amis de la Mine de Pont-Péan – Site officiel

  • La mine de l’Ecluse à Ploemeur (Morbihan)

    En Morbihan, l’histoire minière s’est écrite autour du fer et du zinc, notamment à Ploemeur. La mine de l’Ecluse, active jusqu’en 1945, a livré jusqu’à 320 000 tonnes de minerai de fer, embarquées au port voisin par un réseau ferroviaire dédié. Les vestiges de l’extraction, bien conservés, sont désormais référencés dans le circuit du “Chemin des Mineurs”, itinéraire de découverte patrimoniale. Salon annuel “Mine et Mémoire” organisé par la commune et soutenu par la DRAC Bretagne.

Terrils, haldes et paysages : repérer les témoins discrets du passé minier

Hors des “grands sites”, des indices plus subtils jalonnent nos randonnées et nos escapades à vélo : terrils, haldes de stériles, mares artificielles (issues du pompage des mines), anciens wagonnets figés dans la mousse… autant de traces du travail de la terre. Ces petits témoins sont nombreux dans le centre Bretagne, surtout autour des vallées du Blavet et du Scorff, où nombre de micro-exploitations ont laissé leur empreinte.

À Plélauff, la butte du Minez-an-Dour n’est pas un simple relief naturel : ce tumulus est en partie constitué des résidus d’extraction d’une mine de plomb argentifère exploitée autour de 1910. Non loin de là, la vallée de l’Aër conserve d’anciennes cabanes de mineurs, aujourd’hui colonisées par les ronces et les châtaigniers. On reste étonné du nombre de ces modestes “points noirs” qui faisaient toute la vitalité locale.

À quoi ressemblaient les journées dans les mines bretonnes ?

Le quotidien des mineurs bretons (et bretonnes !) du début du siècle, c’était :

  • Des départs à la nuit noire, douze heures sous terre pour extraire et trier le minerai
  • Des conditions de travail éprouvantes : humidité, poussière, risques d’effondrement…
  • Des paies modestes (en moyenne, à Pont-Péan, un mineur ne touchait que la moitié du salaire d’un ouvrier agricole selon les registres de 1900 – source Gallica)
  • Une solidarité forte et un mode de vie très communautaire, avec fêtes et traditions propres aux corons de la région

Le témoignage de Jean-Marie Le Gall, ancien mineur à Locmaria-Bérien (recueilli en 1978), rappelait que “le bruit, l’obscurité, mais aussi l’entraide, faisaient la vie ici. Les enjambées sur les planches mouillées du lavoir, la peur du coup de grisou, et la bouffe prise sur le pouce avec la bande… c’est ce qui reste.”

Des réhabilitations récentes pour ne pas perdre la mémoire

Depuis le début des années 2000, de nombreuses collectivités, associations et particuliers œuvrent pour mettre en valeur cet héritage encore fragile. Plusieurs sites sont ainsi devenus lieux de mémoire ou espaces pédagogiques :

  • Musée de la Mine de Pont-Péan : visites guidées, expositions temporaires et animations scolaires, accès à une partie des galeries souterraines.
  • Le Chemin des Mineurs (Ploemeur) : parcours balisé mêlant lecture de paysage, application mobile et panneaux explicatifs (en partenariat avec le Parc Naturel Régional du Morbihan).
  • Fournée annuelle d’animations patrimoniales : balades racontées, ateliers “petits mineurs” animés par la Fédération des Sociétés minières et métallurgiques de France.

Fait remarquable : certains anciens puits sont aujourd’hui inscrits à l’Inventaire des Monuments Historiques, comme à Huelgoat (Finistère), où la “Galerie des Fées” est désormais un point d’intérêt touristique reconnu par la région.

Chiffres, anecdotes et souvenirs : l’empreinte encore vivante de l’activité minière

Les sites miniers bretons réunis totalisent plus de 350 kilomètres de galeries recensées à la veille de la Première Guerre mondiale (chiffres BRGM). Il reste environ 80 terrils identifiables, pour la plupart envahis par la végétation, et une dizaine de bâtiments industriels préservés. Enillec, près de Carhaix, abritait à elle seule en 1912 plus de 130 travailleurs, dont 48% de femmes et enfants – un record pour la région.

Moins perceptible, mais tout aussi réel : la mémoire minière subsiste dans certains patronymes, fêtes locales (comme la fête des mineurs à Ploemeur chaque 15 août) ou encore dans le folklore, avec les fameux récits des “lutins des galeries”, tenaces chez les anciens du Morvan.

Côté mise en valeur, c’est aussi un formidable levier de tourisme patrimonial. Le circuit des “Ardoisières du Finistère” reçoit chaque année près de 7000 visiteurs, preuve que la curiosité pour ce passé industriel ne faiblit pas. La vitalité des associations d’anciens mineurs, qui perpétuent la mémoire à travers expositions, livres et visites commentées, garantit à ces lieux une place singulière dans nos paysages et nos histoires familiales.

Pour voir, comprendre, transmettre…

Prendre le temps d’arpenter ces sites, d’écouter les habitants, d’explorer les sentiers oubliés, c’est toucher du doigt une histoire qui ne se résume pas à des chiffres mais forge encore le caractère du pays. Ces vestiges miniers, loin d’être de simples ruines, sont les témoins de siècles de vie et d’efforts collectifs. Ils rappellent que chaque relief, chaque tranchée, chaque village, a été marqué par ceux et celles qui ont remonté du sol les ressources dont la Bretagne avait besoin pour grandir.

Aujourd’hui, en redécouvrant ces lieux, on tisse un lien concret entre passé industriel et regard moderne, et l’on se donne les moyens de mieux comprendre – et aimer – un territoire façonné par la main de l’homme aussi bien que par la nature. Car sur la lande et dans la forêt, ce sont aussi les veines du pays que l’on suit, du bout des bottes ou du bout des doigts.

Sources principales :
  • BRGM – Dossier “Mines et Carrières de Bretagne”, 2023
  • Association Mines de Pont-Péan
  • Inventaire du Patrimoine Maritime et Industriel, Région Bretagne
  • Gallica – Bibliothèque nationale de France
  • Fédération des Sociétés minières et métallurgiques de France

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