Des femmes et des hommes : portraits de résistants du Pays Roi Morvan
Robert et Jeanne Le Meur : l’ombre et la lumière à Gourin
Chez les Le Meur, l’engagement est affaire de famille et de discrétion obstinée. Robert Le Meur, instituteur à Gourin avant-guerre, s’engage très tôt dans la Résistance. Il travaille au sein du réseau Libération-Nord, collecte des renseignements, assure des liaisons entre Morbihan et Finistère. Sa maison devient un relais pour les messages et les documents. Son épouse, Jeanne, n’est pas en reste : elle camoufle, ravitaille, joue le messager à vélo sous prétexte d’aller à l’école ou à la poste, toujours sur le fil du rasoir. En août 1944, ils participent tous deux à la libération de Gourin, mais restent, à leur image, dans l’ombre après-guerre. Les sources comme le Dictionnaire historique de la Résistance (Robert Laffont, 2006) évoquent leur rôle discret dans la transmission des valeurs dans la commune.
Marcel Le Bouédec : “la taupe bretonne”
Ouvrier agricole, puis cheminot à la gare du Faouët, Marcel Le Bouédec participe à la formation des premiers groupes franc-tireur local. Il joue un rôle essentiel dans la communication entre Le Faouët, Scaër et Rostrenen, utilisant ses connaissances du rail pour saboter le transport de troupes allemandes ou faire transiter des armes parachutées dans les landes de Langonnet. Arrêté en 1943 lors d’une rafle, il est torturé mais ne parle pas ; relâché faute de preuves, il poursuit clandestinement son action auprès du groupe FTPF local (voir Chemins de Mémoire).
L’abbé Quéinnec, recteur de Langonnet : le maquis dans le presbytère
L’Église locale, représentant discret mais déterminé, a son héros en la personne de l’abbé Quéinnec, recteur de Langonnet. Il abrite des parachutistes alliés et organise un ravitaillement pour le maquis du bois de Conveau. Il sert de lien essentiel avec les familles d’agriculteurs prêtes à soutenir les clandestins. Ce prêtre, respecté de tous — même de certains collaborateurs prudents —, sera arrêté en juin 1944 après une dénonciation. Il ne sera libéré qu’après la Libération.
Des femmes du relais : anonymes mais essentielles
Si les grands noms sortent du lot, beaucoup de résistantes du secteur sont restées dans l’ombre : Marie le Guern, couturière à Berné, passe messages et faux-papiers dans ses sacs de linge. Jeanne Le Bris, propriétaire du café des Halles au Faouët, indique par un code de petites fleurs sur le comptoir la sécurité de ses clients — bleue pour passage libre, rouge pour prudence. Selon le musée de la Résistance de Saint-Marcel, nombre de femmes ont aussi constitué l’épine dorsale logistique du réseau Ouest-Armorique.