Du roi Morvan à la Bretagne indépendante : la naissance d’une mémoire

Difficile d’évoquer le territoire sans commencer par celui qui lui a donné son nom : Morvan Lez-Breizh, roi historique du début du IXe siècle. Figure épique du haut Moyen-Âge breton, il s’affirme comme l’un des plus farouches défenseurs de l’indépendance bretonne face aux Francs.

  • Morvan, le rebelle du Vent du Centre – Couronné roi des Bretons en 818 (source : Yves Lecerf, ABPO), Morvan s’illustre surtout par sa résistance à Louis le Pieux, fils de Charlemagne. Son bastion serait situé non loin d’aujourd’hui Priziac, au château de Motten, fortification de terre et de bois typique de l’époque. Il organise contre les troupes franques une lutte âpre jusqu’à sa mort en 818 ou 819—un épisode marquant, encore célébré par des associations locales lors des fêtes historiques.
  • Une résistance fondatrice – Selon la tradition bretonne, Morvan symbolise « l’esprit d’indépendance » caractéristique du centre Bretagne. Il est cité dans plusieurs chartes anciennes et chanté dans le Barzaz Breiz. Dans la toponymie comme dans les récits, le souvenir du souverain imprègne la région dont le « pays roi Morvan » porte le nom depuis le XIXe siècle.

Femmes, paysannes et résistantes : héroïnes de l’ombre

Les grandes figures du Pays Roi Morvan ne sont pas toutes couronnées ni issues de la noblesse. Beaucoup de femmes, souvent restées dans l’ombre, ont joué un rôle capital dans l’histoire locale—qu’il s’agisse de lutte sociale, de culture ou de sauvegarde des traditions.

  • Maryvonne Le Roux (1936-2018), la mémoire rebelle – Originaire de Gourin, elle fut une infatigable militante pour la langue bretonne et la reconnaissance de la culture populaire. Fondatrice du cercle celtique local, elle a longtemps collecté, enregistré et transmis des chants, des contes et des témoignages d’anciens. L’ouvrage collectif Gourin, Histoire et Mémoire (éd. Skol Vreizh, 1996) lui doit beaucoup.
  • Les femmes du Réseau Shelburn – Pendant l’Occupation, le centre Bretagne fut une zone majeure d’exfiltration pour les aviateurs alliés. Dans les fermes des environs (Objat, Priziac, Langonnet…), des femmes anonymes, parfois veuves ou jeunes mères, cachaient et nourrissaient les fugitifs. Plusieurs d’entre elles, dont Yvonne Le Gal ou Marie-Jeanne Jaffré, ont été reconnues « Justes parmi les Nations » après la guerre (voir l’exposition permanente au musée de la Résistance en Bretagne).

Les bâtisseurs et les passeurs : ceux qui ont forgé l’identité locale

Le Roi Morvan est un territoire de bâtisseurs, d’ouvriers et d’artisans. Leur nom n’apparaît pas toujours dans les grandes encyclopédies, mais leur empreinte est inscrite dans la pierre, le granit, le schiste et le cœur des bourgs.

  • Jean-Julien Lemordant (1882-1968), l’œil du pays – Peintre et décorateur né à Saint-Malo mais très attaché au centre Bretagne, Lemordant a consacré de nombreuses toiles à Gourin et à ses environs. Figure majeure du mouvement régionaliste, il a contribué à la création du mythe visuel de la Bretagne intérieure : paysages de bocage, processions, scènes villageoises. Son style dramatique et coloré est exposé au musée des Beaux-Arts de Rennes.
  • Les grandes familles de tailleurs de pierre – Au XIXe siècle, la vallée du Scorff était réputée pour ses carrières. Les Montfort, Hervé, Le Goff ou Calloc’h, sur plusieurs générations, ont bâti églises, ponts et maisons de maîtres. Les recensements de 1866 font état de près de 400 tailleurs de pierre actifs dans le secteur (source : archives départementales du Morbihan).

Du passage à l’Amérique : la vague des “Américains de Gourin”

Impossible d’évoquer les figures historiques du pays without parler de la diaspora bretonne d’Amérique. Entre 1880 et 1930, plus de 14 000 personnes originaires du Pays Roi Morvan (principalement Gourin, Langonnet, Le Saint) ont émigré, en quête d’un avenir meilleur, vers New York, Boston et les villes industrielles du Massachusetts.

  • Jean-Louis Le Floc’h, pionnier et passeur de mémoire – Fils d’émigré et maire de Gourin, il a fondé en 1995 le Mémorial des Américains, initiative unique en France, qui recueille les portraits, lettres et souvenirs de ceux partis "de l’autre côté". Chaque année, la fête des Américains y rassemble plusieurs milliers de descendants, témoignant de la vitalité de cette mémoire partagée (chiffres : mairie de Gourin, 2022).
  • Les sœurs Goarem, couturières et soutiens de famille – Arrivées à New York en 1902, Armelle et Gwenaëlle Goarem ont, comme beaucoup d’autres, ouvert des ateliers artisanal de couture clandestins dans le Lower East Side. Leur histoire inspire aujourd’hui des conférences et expositions à l’Espace des Amériques (source : Revue Avant-scène Bretagne, 2019).

Le Faouët et le cri des artistes : figures de l’avant-garde bretonne

La petite ville du Faouët, avec ses halles et ses chapelles rurales, fut entre 1880 et 1945 un véritable creuset artistique. Des dizaines de peintres français et étrangers, attirés par la lumière et la rudesse du bocage, s’y sont installés et ont laissé leur empreinte.

  • Hersart de la Villemarqué (1815-1895), le chantre du patrimoine oral – Collecteur du Barzaz Breiz, il sillonna la région, rédigeant et publiant les chants, mythes et récits des villages. Son travail, longtemps critiqué, est aujourd’hui reconnu comme une source déterminante pour l’histoire orale bretonne (source : Encyclopædia Universalis).
  • Léa Vendéenne (1890-1965), pionnière du modernisme faouëtais – Cette artiste issue d’une famille paysanne est l’une des rares femmes reconnues dans la colonie du Faouët. Portraitiste, mais aussi militante de la Ligue des droits des femmes rurales, elle a inspiré plusieurs générations de créatrices. Certaines de ses œuvres, longtemps oubliées, ont été redécouvertes lors de la rétrospective « Femmes peintres en Bretagne » du musée du Faouët (2017).

Résistants et engagés : les combattants de la liberté

Au XXe siècle, durant la Seconde Guerre mondiale, le Pays Roi Morvan fut, de nouveau, un foyer de résistance. Bois impénétrables, fermes isolées, population soudée : le décor idéal pour cacher, organiser et agir.

  • Marcel Kerbellec (1917-1944), chef de réseau – Fils de cultivateurs de Berné, il dirige dès 1942 un groupe clandestin qui fera évader plusieurs dizaines de prisonniers et abattus. Capturé lors d’un sabotage de train à Plouray, il est déporté et succombe à Dora. Un collège de Gourin porte aujourd’hui son nom (source : Chemins de mémoire).
  • Les “parachutistes de Cornouaille” – Plusieurs résistants locaux, dont Georges Le Louet et Alain Goulard, participent à la coordination des parachutages sur la lande de Langonnet. En août 1944, ils facilitent la libération de plusieurs communes, ainsi que le sabotage du viaduc de Priziac (d’après Bretagne Résistante, archives ANACR Morbihan).

Un héritage vivant : la transmission par la création locale

Au-delà des noms connus, le Pays Roi Morvan cultive une mémoire vive, portée par les descendants de ces figures, mais aussi par des associations, musées et initiatives culturelles. Ce territoire continue de se raconter et de se réinventer par ceux qui y vivent aujourd’hui.

  • Le Cercle celtique de Gourin – Créé en 1948, il perpétue chants, danses et costumes, organisant plus de 15 événements annuels. En 2023, plus de 200 adhérents participaient (source : site officiel du cercle).
  • La Maison de la Chauve-Souris à Kernascléden – Plus insolite, ce musée atypique évoque l’histoire naturelle mais aussi le bestiaire fabuleux du pays, à travers un parcours scénographique récompensé par le prix “Musée pour tous” 2020.

Une terre de mémoire, d’action et de transmission

Célébrer ces figures, c’est faire davantage qu’honorer une galerie de portraits : c’est souligner la continuité d’un territoire où la résistance, la création, la solidarité et l’entraide ne se contentent pas d’appartenir au passé. Les grands noms du Pays Roi Morvan, ainsi que tous les anonymes qui ont écrit son histoire, forment la tapisserie complexe et vivante du centre Bretagne—autant de sources d’inspiration pour celles et ceux qui font vivre aujourd’hui ses chemins, ses fêtes, ses combats et ses rêves.

Nom Période Contribution Source / Référence
Morvan Lez-Breizh 818-819 Roi de Bretagne, résistance face aux Francs ABPO, Barzaz Breiz
Maryvonne Le Roux 1936-2018 Collecte et transmission du patrimoine oral Skol Vreizh
Jean-Julien Lemordant 1882-1968 Peintre et créateur d’une mythologie visuelle bretonne MBA Rennes
Marcel Kerbellec 1917-1944 Résistant, chef de réseau local Chemins de mémoire
Hersart de la Villemarqué 1815-1895 Collecteur de chants et récits populaires locaux Encyclopædia Universalis

En savoir plus à ce sujet :

Réseaux sociaux

© paysroimorvan.com