Un cœur de Bretagne forgé dans l’épaisseur des bois et des luttes

Le Pays Roi Morvan. Ce nom ne résonne pas tout à fait comme les autres pays de Bretagne. Derrière ses vallons boisés et ses villages accrochés aux promontoires, il porte une histoire ancienne, parfois rugueuse, souvent discrète mais indissociable de l’identité bretonne. Entre légendes, combats, migrations et résilience, le Pays Roi Morvan tisse sa chronique à l’écart des projecteurs mais au rythme intense d’une région vivante.

Morvan : du roi rebelle à la figure totem

La figure tutélaire du Pays Roi Morvan, c’est Morvan Lez-Breizh. Ce chef breton du IXe siècle, proclamé roi en 818, s’est opposé vaillamment à l’empereur franc Louis le Pieux. Sa résistance fut brisée à la pointe de l’épée lors de la bataille de 818 à Priziac, mais son nom resta attaché à ces terres, symbole d’une Bretagne intérieure indomptable.

  • Morvan Lez-Breizh est souvent cité dans les sources médiévales, notamment la Vita Hludowici Imperatoris (La Vie de Louis le Pieux).
  • Priziac, village du Morbihan, garde encore dans ses mémoires le souvenir de cette bataille décisive. (Source : CRBC, Centre de recherche bretonne et celtique)

Ces temps reculés ont forgé une identité marquée à la fois par la fierté du refus de l’assimilation et par un attachement viscéral à la terre.

Des villages remontant au Moyen Âge : l’empreinte du granite et du bocage

Le visage du pays s’est sculpté au fil du Moyen Âge. Dès le XIe siècle, la mosaïque de petites seigneuries et de paroisses rythme le pays. Le granite extrait du sous-sol façonne les maisons, les églises, parfois les forteresses comme le château du Coscro, à Lignol, érigé au XVe siècle et classé Monument historique (Source : Base Mérimée).

  • Gourin : Autrefois ville prospère grâce à l’ardoise, avec des traces d’exploitation dès le XIIe siècle. Au XVIIe, la ville voit fleurir les maisons de maîtres ardoisiers.
  • Le Faouët : Le marché aux halles du XVIe siècle témoigne de la vitalité commerçante et agricole, attirant encore aujourd’hui curieux et locaux.
  • Les chapelles : Plus de 130 chapelles parsemées sur le territoire, dont Sainte-Barbe et Saint-Fiacre, véritables joyaux du gothique breton. (Sources : Office du tourisme Roi Morvan Communauté, Inventaire du Patrimoine Région Bretagne)

Guerres, épidémies et solidarités : la résilience face à l’adversité

L’histoire du Pays Roi Morvan n’est pas qu’une fresque de vieilles pierres. Plusieurs fois ravagé par les épidémies de peste (on en recense une sévère vague vers 1598) et les troubles de la Ligue, le territoire doit beaucoup à la capacité de ses habitants à s’organiser.

  • Montée de solidarités villageoises lors des disettes aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec la mise en commun du grain et l’institution des charrettes solidaires (Source : Archives départementales du Morbihan, « Chroniques rurales ».)
  • La Compagnie du Faouët, groupe de bandits au XVIIIe siècle, est un signe du chaos social mais aussi d’une société de résistance contre la misère et la centralisation (Source : « La bande du Faouët », Bretagne Magazine).

L’émigration, une réalité structurante du territoire

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le Pays Roi Morvan se vide littéralement de ses habitants. Entre 1881 et 1921, on estime que près de 5 000 personnes de Gourin et des alentours partent tenter leur chance aux Amériques, notamment aux États-Unis (source : Musée de l’émigration, Gourin).

  • Un quart des Bretons ayant émigré à New York entre 1880 et 1930 étaient originaires de la zone de Gourin.
  • La tradition des « quêtes du chapeau » pour financer le billet de bateau reste vivace dans les mémoires familiales.

Aujourd’hui, la place des drapeaux américains sur les monuments et la fête de l’Emigration à Gourin renouent chaque année avec cette mémoire singulière.

Champs, usines et métamorphoses : le XXe siècle en transition

L’après-guerre bouleverse profondément le pays. L’agriculture – autrefois essentiellement au bocage et à la polyculture vivrière – se modernise, avec l’apparition du remembrement et les grandes coopératives laitières.

  • Le nombre d’exploitations agricoles passe de 2 700 en 1945 à moins de 300 en 2020 sur l’ensemble du bassin de Gourin (Source : Chambre d’Agriculture du Morbihan).
  • Implantation industrielle notable avec la conserverie Capitaine Cook au Faouët et la production mécanique à Gourin (usines de tracteurs MAB en 1946).
  • Exode rural massif dans les années 1960-1970 alimentant les nouveaux quartiers de Lorient et Vannes.

Le territoire invente alors un nouveau modèle, à la croisée de l’agriculture durable, de l’artisanat et du tourisme patrimonial.

Le patrimoine, ressource et socle d’identité

Le Pays Roi Morvan veille jalousement sur un patrimoine exceptionnel, régulièrement mis en lumière à travers des restaurations et des initiatives collectives :

  • Le circuit des chapelles : événement annuel « Les Nuits des Chapelles », véritable balade artistique et patrimoniale.
  • Protection des mégalithes de Locmaria-Berrien et du patrimoine ardoisier à Gourin.
  • Musée du Faouët : il conserve 2 000 œuvres témoignant du passage, dès le XIXe siècle, de peintres venus capter la lumière bretonne. (Source : Musée du Faouët)

Les écoles bilingues (Diwan, Dihun) et les ateliers de danses bretonnes participent d’un renouveau culturel articulant tradition et création.

Un territoire vivant, tourné vers l’avenir

Loin d’être figé, le Pays Roi Morvan innove, en conjuguant préservation et dynamisme :

  • Montée de l’agriculture bio avec près de 21 % des surfaces agricoles en bio en 2023 (Source : Agence bio 2023)
  • Développement de circuits courts, marchés paysans hebdomadaires à Le Faouët, Gourin ou Plouray.
  • Espaces de coworking ruraux, tiers-lieux culturels (Ty Pouce à Berné, La Fourmi-e à Priziac)
  • Liens avec la diaspora, coopérations internationales, festivals autour du film documentaire rural et des écrits paysans

La mémoire toujours vivante dans les paysages

Parcourir le Pays Roi Morvan, c’est sentir la superposition subtile des époques : vieilles pierres habitées, chemins creux qui serpentent, forêts où percent des légendes, places de villages où résonnent l’écho d’une fête ou d’un marché. C’est un territoire qui n’oppose jamais l’ancien et le neuf mais tire, de son histoire, de quoi se réinventer à chaque génération.

Au détour d’une balade entre Priziac et Kernascléden, au marché du samedi ou lors d’une fête de village, le passé resurgit, familier et mystérieux à la fois. Le Pays Roi Morvan n’est ni un musée, ni une carte postale : il est un espace vivant, dont chaque habitant, chaque nouvelle initiative, écrit une page supplémentaire, fidèle à l’esprit du vieux roi Morvan – indocile, solidaire, enraciné et ouvert.

  • Pour approfondir l’histoire locale : ouvrages de Jean-Yves Le Lan (Patrimoine du Roi Morvan) ; consultez le site de la Communauté Roi Morvan et les ressources du Ministère de la Culture sur le patrimoine.
  • Sources régulières : Inventaire du patrimoine de Bretagne, archives départementales 56 et 29, Office du tourisme Roi Morvan.

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