Le contexte : un IXe siècle de fer et de feu

Au IXe siècle, la Bretagne est secouée par des tensions chroniques avec le royaume des Francs. Les ducs bretons cherchent à préserver leur autonomie, poussés par des rivalités internes et des pressions externes. Parmi les figures phares, on ne peut ignorer Nominoë, dit « le père de la patrie bretonne », et son fils Erispoë, artisans d’une résistance politique et militaire qui façonnera durablement le visage du pays.

L’événement-clé est la bataille de Ballon, en 845, opposant les troupes de Nominoë à l’armée franque de Charles le Chauve. Cette victoire bretonne marque à jamais l’histoire régionale, amorçant un âge d’or du duché et une ère de construction de places fortes.

Haute Bretagne, Basse Bretagne : la géographie des lieux de résistance

La résistance bretonne n’est pas attachée à un unique village : elle est diffuse, disséminée sur un immense quadrillage que l’on repère dans la toponymie, les ruines et les traditions orales. Quelques lieux, cependant, incarnent cette ténacité.

  • La Motte de Ballon (Bains-sur-Oust, Ille-et-Vilaine) :

    C’est sur cette hauteur aujourd’hui boisée que la fameuse bataille de 845 s’est déroulée (« source : Wikipedia »). Aucun vestige architectural n'est conservé, mais la topographie parle d’elle-même : une colline dominant la Vilaine, théâtre idéal pour une embuscade décisive. Une stèle commémorative y a été installée en 1985. C’est un lieu simple mais chargé d’esprit, idéal pour une randonnée méditative.

  • Le site de Redon :

    Entre 832 et 857, l’abbaye Saint-Sauveur de Redon fut un pôle politique et spirituel, refuge de discussions secrètes et de compromis entre résistance et alliance. Les archives de l’abbaye (source : BSAF) révèlent nombre de transactions liées à la résistance et à la diplomatie locale. Aujourd'hui, visiter Redon, c’est marcher dans les pas des envoyés bretons et carolingiens.

  • La forteresse de Josselin :

    Si le château visible aujourd’hui est postérieur, la colline qu’il occupe fut probablement fortifiée durant le IXe siècle. Les alentours témoignent de l’importance stratégique du lieu, à la confluence de plusieurs provinces. Les fondations anciennes de Josselin, à visiter lors des “Nuits du patrimoine”, illustrent la continuité de la défense bretonne.

A l’ouest, le blocage du centre Bretagne : Gourin, Le Faouët, Carhaix

Plus au cœur de la Bretagne, loin des grandes cités, la résistance se manifeste par un maillage de motte castrales, de lieux de refuge et de voies antiques détournées pour l’occasion.

  • Le site des Vieilles Halles de Carhaix :

    Carrefour incontournable, Carhaix – dite Vorgium à l’époque gallo-romaine – hérite d’un statut de carrefour logistique. Selon les recherches de la INRAP, des mottes, fossés et systèmes de défense sont attestés dès la transition carolingienne, servant à repousser les expéditions franques. Le musée archéologique de Carhaix expose régulièrement ces artefacts.

  • Les fortifications primitives de Gourin :

    Gourin, chef-lieu historique du Roi Morvan, possède quelques témoignages indirects : tertres, enclos circulaires, toponymes bretons renvoyant à la guerre (“kroashent an emgann”, le carrefour du combat). Le patrimoine oral local, souvent oublieux des dates, évoque la vallée comme un refuge lors des attaques franques, en faisant un passage secret vers le sud.

  • Le Menhir de Kerampeulven (Le Faouët) :

    Ce menhir, déjà en place au Haut Moyen Âge, sert de repère aux messagers et résistants. La tradition raconte que Nominoë lui-même, lors de ses campagnes, aurait fait halte ici pour rallier ses partisans cachés dans la forêt toute proche. Le menhir, classé Monument historique, est aujourd’hui un point de départ original pour des balades sensibles.

Un réseau de mottes, de tranchées et de sentiers oubliés

Souvent, la résistance se lit moins dans les murs que dans les paysages et les chemins. L’organisation de la défense bretonne reposait sur :

  • Des mottes castrales : à la différence des châteaux en pierre, ces buttes défensives en terre permettaient une réaction rapide. Par exemple, à Glomel et Langonnet, on retrouve ces petits reliefs recouverts de fougères.
  • Des tranchées et retranchements : dans plusieurs forêts du centre Bretagne, vestiges de lignes de défense sont visibles (bosquets de Locuon, bords du Scorff).
  • Des voies secrètes : l’itinéraire reliant Carhaix à Locminé, en passant par la vallée du Blavet, était connu pour ses détours calculés, évitant routes contrôlées par l’ennemi.

On ne trouvera pas toujours un panneau touristique signalant ces lieux – il faut de la patience et une bonne carte IGN, mais chaque randonnée laisse entrevoir la subtilité d’une résistance faite d’intelligence du terrain.

Lieux de mémoire et célébrations actuelles

Chaque année, certains de ces sites font l’objet de cérémonies ou de reconstitutions. À Bains-sur-Oust, une randonnée commémorative est organisée à la mi-octobre sur la trace de la bataille de Ballon (source : Ouest-France). À Carhaix, les journées du patrimoine réservent souvent un temps fort à la découverte des vestiges carolingiens.

  • Balades guidées : L’office de tourisme du Roi Morvan propose ponctuellement des visites commentées sur le thème “Sur les traces de Nominoë”, notamment autour de Gourin et du Faouët.
  • Expositions temporaires : Le musée du Faouët donne parfois à voir des objets, textes et reproductions d’archives datant du IXe siècle breton.
  • Publications locales : Des ouvrages comme “Nominoë, le premier roi breton” (éd. Ouest-France, 2014) ou le bulletin de la Société Archéologique du Morbihan offrent une lecture détaillée des sites et de leur évolution.

Patrimoine vivant : transmission et enjeux contemporains

Au-delà des pierres et des talus, c’est l’esprit même de résistance qui perdure. Chaque année, des classes du primaire et du collège participent à des ateliers autour de cette histoire, encouragés par des associations comme “Les Amis du Roi Morvan”. Tisser cette mémoire dans les circuits du tourisme local n’est jamais anodin : cela renforce le sentiment d’appartenance et encourage la préservation du patrimoine rural.

Quelques conseils à ceux qui souhaitent explorer ces traces :

  • Privilégier les itinéraires à pied ou à vélo pour apprécier la continuité du paysage.
  • Se munir d’ouvrages historiques pour contextualiser chaque site.
  • Ne pas hésiter à parler avec les habitants : certaines anecdotes ne figurent ni dans les livres, ni sur Internet, mais dans la mémoire collective des villages.

Approfondir la découverte : entre histoire et nature

Le IXe siècle breton ne se découvre pas seulement dans les archives mais dans le froissement de la bruyère, le sous-bois chargé de mystère, la silhouette d'une motte oubliée. Chaque promontoire, chaque bourg isolé est une invitation à repenser ce que “résister” signifie, pour soi et pour son territoire. Car la mémoire est affaire de rencontres, et parfois, simplement de pas posés au bon endroit.

Pour ceux qui voudraient prolonger l’exploration, les offices de tourisme du Centre Bretagne proposent des cartes des circuits de patrimoine, et certaines associations publient des itinéraires de randonnées historiques (voir Pays Roi Morvan Tourisme). La résistance bretonne se vit alors comme une aventure à ciel ouvert, sur les chemins du temps.

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