L’émergence du mythe : entre historiographie et oralité rurale
Si l’histoire de Morvan est assez bien documentée pour l’époque, c’est dans les campagnes du Morbihan intérieur que le personnage a muté, passant d’un chef de guerre à une figure tantôt crainte, tantôt admirée, parfois caricaturée.
Des lieux marqués par la légende
- La Motte du Roi Morvan : à Priziac, le monticule réputé avoir accueilli la forteresse de Morvan est toujours pointé du doigt par les habitants comme « un lieu de mystère, où les arbres ne poussent jamais droit ».
- Le tumulus de Loge Coucou, sur les hauteurs de Saint-Tugdual, : on y raconte que Morvan y enterrait son or pour échapper aux Francs, et que des lueurs errantes y apparaissent lors des soirs d’orage.
- Le site de la Roche des Faux (locommaod, Berné) : d’après plusieurs versions, ce serait là que Morvan aurait résisté jusqu’au dernier souffle, entouré de ses plus fidèles compagnons, dont les tombes seraient restées introuvables à jamais.
De nombreux toponymes locaux – « Men Hir Morvan », « le Champ du Roi », « la Pierre du Chef » – témoignent encore d’un enracinement des récits, souvent transmis de génération en génération, et dont les variantes se ramifient d’un village à l’autre.
Le pouvoir de l’oralité : veillées, pardons et transmission familiale
Jusqu’au début du XXe siècle, la légende de Morvan était portée par la parole : lors des veillées, les plus anciens racontaient comment le roi aurait été béni des saints locaux, ou à l’inverse, puni pour son orgueil, selon les versions. Les pardons et fêtes paroissiales étaient l’occasion, souvent autour d’un calvaire ou sous le porche d’une église, de réinterpréter des épisodes de sa résistance.
Ce maillage d’histoires populaires a tapissé l’identité de tout un territoire. La sociologue Gwennole Le Menn estime, dans ses travaux sur la toponymie bretonne, que « près de 30 noms de lieux dans la zone du Roi Morvan renvoient, de près ou de loin, à la figure médiévale du roi défenseur » (Glenat, "Bretagne, les lieux des légendes").