Qui sont les saints fondateurs du Pays Roi Morvan ? Petite galerie de portraits

Le centre Bretagne est loin d’être une terre anonyme : elle s’est construite dans la foulée des grandes migrations bretonnes, avec ses figures fondatrices, souvent venues du Pays de Galles ou d’Irlande au Ve et VIe siècle. Parmi les plus présents dans le cœur du Morbihan intérieur :

  • Saint Hervé : l’ermite aveugle, patron des bardes, proche de Gourin et du Faouët, resté une figure majeure de la spiritualité populaire bretonne.
  • Saint Tugdual (ou Tudual) : fondateur présumé de Tréguier, il rayonne jusqu’aux limites du Poher et du Roi Morvan.
  • Saint Corentin : patron du diocèse voisin de Quimper, il franchit parfois la frontière avec ses traces dans les forêts du pays.
  • Saint Méen : célèbre guérisseur, honoré dans plusieurs hameaux, jadis invoqué pour soulager la peau et les maladies nerveuses.
  • Saint Guénolé : fondateur de Landévennec, dont le culte irrigue le sud du pays.
  • Saint Conogan, Saint Trémeur, Saint Nicodème… La liste est longue, chaque paroisse ayant son protecteur.

La toponymie locale regorge d’allusions : les lan (« ermitage » en breton), les loc (« lieu consacré »), parfois mêlés à des éléments naturels (fontaines, sources) qui amplifient une vitalité sans âge.

Petite cartographie des chapelles associées aux saints fondateurs

Le territoire du Roi Morvan, souvent perçu comme terre de « petites églises », compte une densité remarquable de chapelles et d’oratoires. Beaucoup sont dédiées à ces fameux saints fondateurs. Quelles sont les plus emblématiques, et pourquoi méritent-elles un détour ?

Chapelle Saint-Hervé à Gourin

  • Localisation : route de Langonnet à Gourin
  • Date : principalement XVe- XVIe siècle, sur des bases plus anciennes
  • Spécificité : Célèbre pour son pardon (dernier dimanche de juin), ses ex-voto nombreux et son histoire intimement liée à l’aveugle thaumaturge - la fontaine toute proche étant réputée pour guérir les maladies d’yeux.

Saint Hervé touche ici autant au folklore qu’à la piété concrète : jusqu’aux années 1950, un véritable pèlerinage populaire se rassemble. On chaparde parfois un galet dans la fontaine, on y trempe les mouchoirs des enfants « pour leur donner du courage et de la sagesse » (source : Atlas des chapelles du Morbihan, DRAC Bretagne).

Chapelle Saint-Tugdual à Le Faouët

  • Localisation : au lieu-dit Stang-er-Tugdual
  • Date : construction du XVIe siècle (datée de 1542)
  • Valorisation : Joyau gothique, elle s’élève au sein d’un feuillage dense, typique du Faouët, ponctué de mégalithes et d’arbres centenaires.
  • Pardon : début mai, avec des processions traditionnelles et l’élection de la Reine du Faouët jusqu’aux années 1970.

Ici, la chapelle conserve une grande vitalité associative : l’association « Saint-Tugdual Tradition » veille sur l’édifice, fédère des chantiers de jeunes, restaure le patrimoine mobilier et restaure la double tradition Togdalienne (protéger les bêtes, garantir la fécondité des champs).

Chapelle Saint-Nicodème à Le Saint

  • Localisation : commune du Saint, hameau de Saint-Nicodème
  • Date : XVe siècle, restaurée plusieurs fois
  • Particularité : Rattachée à la légende du saint évêque d’Orient, censé aider les cultivateurs à protéger leurs bestiaux, il attire encore des familles du secteur.
  • Pardon : fin juillet, avec bénédiction des animaux sous le porche.

Chapelle Saint-Corentin à Berné

  • Localisation : Berné, près de la route de Quimperlé
  • Date : XVe siècle
  • Fontaine emblématique : la source sacrée jouxtant la chapelle était fréquentée pour soigner les maux de dents et apporter une bonne pêche, reflet du syncrétisme entre croyances maritimes et chrétiennes.

Détail insolite : encore aujourd’hui, on retrouve parfois des croix de cire déposées discrètement lors du pardon (source : Wikipédia - Saint-Corentin, Berné).

D’autres édifices, précieux et discrets

  • Chapelle Saint-Méen à Priziac (commune frontalière avec le parc naturel régional) : le saint guérisseur continue d’attirer des familles (maux de peau, eczéma) pour ses neuvaines et son pardon d’août.
  • Chapelle Saint-Trémeur à Locmalo : elle perpétue la mémoire du jeune martyr Trémeur, resté populaire pour garantir la fécondité des femmes et la santé des petits enfants.
  • Chapelle Saint-Guénolé à Lanvénégen : dédiée à l’abbé de Landévennec, elle abrite une armoire à reliques du XVIIe siècle, point de rendez-vous pour la Trapuée (petite fête locale de printemps).

Un peu d'histoire : pourquoi autant de chapelles dans le Pays Roi Morvan ?

Avec près de 450 chapelles dans le Morbihan (source : Inventaire général, DRAC Bretagne), le Pays Roi Morvan n’est pas en reste : plusieurs communes affichent des ratios proches du double de la moyenne nationale (une chapelle tous les 3 km2 dans la communauté de communes). Pourquoi ?

  • La survivance de la paroisse bretonne traditionnelle, morcelée en trêves et frairies, a favorisé la construction de lieux de culte secondaires, souvent basés sur le souvenir d’un saint fondateur ou l’empreinte d’un ermitage.
  • Le dynamisme des confréries et de l’émigration bretonne au XIXe siècle a permis la restauration et parfois la reconstruction de centaines d’édifices – souvent grâce à des fonds d’expatriés (source : « Patrimoine religieux en Bretagne intérieure », Fañch Postic).
  • Une rivalité (de bon aloi) entre villages, où chaque hameau tenait à « son » saint protecteur, quitte à doubler ou tripler les calendriers de festivités religieuses !

Est-ce que la ferveur populaire et l’attachement au territoire expliquent tout ? En partie. Les chapelles, souvent modestes, sont aussi un prolongement du bâti rural, un espace social et un marqueur identitaire aussi fort que le blason communal.

Lieux de mémoire, mais aussi lieux de fête

Les chapelles associées aux saints fondateurs du Roi Morvan ne sont pas de simples curiosités patrimoniales. Elles continuent d’être animées par des pardons, kermesses ou veillées, qui jalonnent les printemps et étés. Quelques manifestations à ne pas manquer :

  • Pardon de Saint-Hervé à Gourin : mélange de traditions religieuses et d’animations venues des sœurs de la Charité, incontournable pour la transmission des chansons bretonnes et la marche vers la fontaine de guérison.
  • Grand Pardon de Saint-Tugdual au Faouët : la procession des reliques, point d’orgue d’une fête sur plusieurs jours, s’accompagne d’expositions et d’ateliers sur le vitrail ou la sculpture sur bois.
  • Rando-pardon de Saint-Guénolé à Lanvénégen : la « trapuée » permet une boucle pédestre dans la vallée du Scorff, à travers fontaines, calvaires et longères restaurées.

Ce sont aussi des lieux ouverts à la culture : concerts de chorales, expositions de photos, veillées contées… Les chapelles offrent un fil rouge vivant avec les générations futures.

Visiter le patrimoine en conscience : conseils pratiques

  • Respecter les lieux et les usagers : beaucoup de chapelles sont entretenues par des bénévoles. Laisser un mot, un don ou simplement un sourire, ça compte !
  • Préférer les visites lors des pardons : c’est l’occasion unique de comprendre la vie locale, de goûter pot-au-feu ou crêpes maison préparés par les habitants.
  • S’informer sur le calendrier des ouvertures : les clés dorment parfois chez un voisin, au bistrot tout proche ou à la mairie – se renseigner avant d’arriver !
  • Observer les détails : statues polychromes, sablières sculptées et vitraux racontent autant que les pierres. La plupart des offices de tourisme éditent des fascicules, comme celui de la Communauté de communes Roi Morvan communauté (voir ici).

Prolonger la découverte : vers un tourisme participatif

Les dynamiques de sauvegarde se renforcent, souvent portées par des associations ou des comités de chapelle. Une dizaine d’édifices ont retrouvé, rien que depuis 2000, l’éclat de leurs toitures d’ardoise ou de leurs statues polychromes. Si vous souhaitez, vous aussi, contribuer : il existe des « chantiers bénévoles », ouverts à tous, proposés chaque été (renseignements auprès de la Fondation du Patrimoine ou de l’association « Chantiers du Roi Morvan »).

Chaque chapelle, chaque pardon, chaque source dédiée à un saint fondateur du Roi Morvan raconte un bout d’épopée bretonne, entre enracinement, résilience et partages. Que l’on soit natif ou seulement curieux, laisser les portes ouvertes, c’est encore le plus beau des hommages à cette terre de chapelles.

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